Septembre 2020 

     La Vie de l'autre  numéro 3

4 GÉNÉRATIONS DE FEMMES AMOUREUSES DE L’ART

L’ART QUI LES RELIE

Yolande, peintre.  Marie-France, Thérapeute en relation d’aide (TRA)

Marie-Michelle, artiste, propriétaire d’un atelier de tatouage

Madison, toute jeune, elle suit les traces de ces trois artistes 

Dans cet article, nous vous ferons voyager dans le temps à travers les méandres des liens qui unissent si fortement ces 4 femmes d’une même famille qui se soucient tant des autres. À la manière d’une création artistique, nous soulignerons certains traits, nous éclairerons certains passages de vie et nous laisserons libre cours à la liberté de chacune qui relate les origines de leur passion pour l’art et leur façon SI UNIQUE de s’exprimer. Mais, surtout, nous essaierons de vous partager la passion filiale qu’elles ressentent les unes pour les autres. Tissés serrés, leurs liens évoquent leur univers commun en des palettes de couleurs si vaste qu’ils prennent assurément vie dans des souvenirs d’enfance pour se prolonger vers tous les gens qu’elles touchent avec leur art.

 

UN JOUR, DANS UN GARAGE

Marie-France, pilier de la famille sur plusieurs points comme nous le verrons plus tard,  donnait des cours de peinture aux enfants le samedi matin. Elle s’était inspirée de sa mère Yolande qui donnait des cours de peinture dans sa vieille maison sur la rue des Patriotes, dans l’ancienne auberge Tassé. Quand Yolande vendit sa maison, Marie-France, qui habitait toujours Ste-Rose, décida de l’imiter en s’installant dans le garage adjacent à sa maison.

 

Son mari était réticent face à l’idée de voir son garage envahi mais elle réussit à le convaincre car comme elle le dit si bien :

 

« Pour moi, rien ne pouvait m’arrêter car, grâce à l’exemple de ma mère, c’était une passion de donner ces cours aux enfants du quartier. Passion pour la peinture et l’art mais surtout une passion pour le partage et une passion pour l’aspect rassembleur de mes cours d’art. »

 

Sa fille Marie-Michelle, alors âgée de 7 ans, nous raconte les origines de sa passion partagée : « Tout part, pour moi, de cet événement dans le garage familial. Je me souviens… je regardais ma mère Marie-France qui donnait ses cours. J’avais 7 ans et j’étais déjà rebelle. J’avais seulement envie de créer et c’est là, grâce à la façon de faire de ma mère, que j’ai senti que j’avais ma place. On m’offrait du matériel, un lieu et un environnement empreint de liberté. Ma mère me disait que si je n’avais pas le goût de suivre un modèle, je pouvais suivre mon instinct. Ma mère et ma grand-mère, ce sont elles qui m’ont donné l’espace intérieur nécessaire pour créer à ma façon. J’ai alors compris que faire de la peinture, toucher à l’art, venait chercher en moi un espace de liberté que j’ai tout de suite adoré »

 

LA FILIATION ARTISTIQUE 

Maintenant, aujourd’hui, Yolande, Marie-France et Marie-Michelle, en se remémorant ces beaux souvenirs, se rendent compte qu’elles partagent la même approche pour soi et pour les autres; l’art, pour émerger, a besoin d’accueil, d’ambiance, de musique inspirante, de sécurité, d’écoute et d’appui.

 

« Je fais brûler mes encens quand je vais créer, je mets une musique invitante, je m’assure que la température est agréable, je vais accueillir le client avec le sourire… » nous partage Marie-Michelle.

 

« Ce qui nous lie toutes, c’est que l’on veut que les autres se sentent bien. Déjà au téléphone, on se place en position d’écoute envers les personnes qui veulent suivre des cours»  nous dit Marie-France.

 

Yolande nous dit aussi la même chose et, déjà, on se sent bien en regardant ses peintures apaisantes et colorées qui nous donnent un peu de paix intérieure, nous semble-t-il.

Yolande et ses oeuvres 

Marie-Michelle nous explique que :

« … de pouvoir toucher à tout, d’explorer sans limites, dans un espace sécuritaire et bien encadré, voilà l’essence de la transmission que ma mère et ma grand-mère ont réussi à réaliser en moi. En créant mes tatouages en dessin avant de les réaliser sur la peau d’un de mes clients, je travaille encore comme ça aujourd’hui.

Dessin et tattoo par Marie-Michelle 

Quand je crée, à l’image de ce que ma mère et ma grand-mère m’ont montré, je me donne du temps, de l’espace et de la liberté pour créer mes oeuvres. J’écoute mon client, je lui laisse du temps pour exprimer ce qu’il recherche avec ce nouveau tatouage et, toujours, je laisse mon instinct et mon esprit créatif dans un état de liberté qui mène invariablement à une œuvre que je vais partager et donner à l’autre »

 

 

SUGGÉRER SANS IMPOSER

« Si on revient sur l’épisode fondateur du garage pour moi quand j’avais 7 ans, nous dit Marie-Michelle, ma mère nous proposait une activité. Je me souviens que c’était, ce jour-là, la peinture à l’huile. Cherchant l’opposition déjà à ce jeune âge, je contredisais ma mère et elle me laissait finalement aller en me montrant les outils et comment les utiliser. Je n’étais pas obligé ensuite de tracer ma ligne à un endroit ou à un autre, je n’étais pas obligé de peindre ce qu’elle proposait. Voici tes couleurs, voici des pinceaux et autres outils, me disait-elle… »

 

« Explore ce que tu as envie d’explorer et, fais-toi confiance! » complète Marie-France en se remémorant cet évènement si précieux pour chacune.

 

«… ma mère me disait bravo, continue Marie-Michelle, elle me posait des questions sur ce que je voulais faire… parce que de mettre quelqu’un à l’aise, c’est de s’intéresser à l’autre dans sa différence, dans ce qu’il aime. »

 

 

DONNER LA PLACE À L’AUTRE

Plus tard, bien après l’épisode fondateur du garage familial dédié à l’art, Marie-France a créé et dirigé un camp de jours (Les Berges d’art) où les jeunes exploraient différents aspects de l’art (peinture, créations artisanales de marionnettes, théâtre, cinéma…). Aujourd’hui, elle donne des ateliers autant aux enfants qu’aux adultes. À travers l’art, les participants arrivent à se montrer, à se révéler.

 

Tout au long de sa pratique, son approche de l’art en est une d’écoute de soi et de l’autre et de mise en place d’un environnement propice à la liberté et à l’expression de ce sentiment de plénitude que l’on ressent quand on se sent totalement accepté tel qu’on est.

Oeuvre de Marie-France

«  Ce que je favorise le plus dans mes interventions, c’est la relation à soi… pour moi, avoir accès aux arts c’est d’avoir accès à la relation à ses propres émotions, forces, faiblesses, défis…! Je trouve ça vraiment important de laisser l’artiste être libre, libre face à son imagination, libre face à sa création. Je ne veux pas que mes interventions soient directives. »

 

L’ACCUEIL ET LE BIEN-ÊTRE: 

« Déjà, dans le garage chez moi, avec les jeunes qui suivaient mes cours, je me concentrais sur l’accueil, sur la mise en place d’une ambiance rassembleuse et aussi sur l’installation d’espaces à la fois propice au travail solitaire et au partage non forcé dû à la proximité relative des participants et à ma présence en tant que guide artistique. Ma fille Marie-Michelle a senti ça peut-être et, malgré…, je dirais même surtout grâce à son côté rebelle en constante quête de liberté, elle s’est sentie assez bien et acceptée pour plonger dans la création »

 

 

UNE DÉMARCHE RELATIONNELLE AVEC SOI

En les écoutant se raconter, on réalise que plus grand que l’art, c’est la démarche relationnelle qui prend le devant du portrait.

 

« Aujourd’hui, nous dit Marie-France, quand je reçois des jeunes, je peux voir, à travers l’art que parfois, ils ne se font pas confiance. Je sais que mes ateliers va les aider à gagner en confiance personnelle. L’art peut nous aider à entrer en relation avec l’autre et avec soi. L’art peut aussi nous aider à s’approprier l’image que l’on a de soi… pour trouver sa valeur profonde. Cela s’adresse autant aux autres qu’à moi en tant que guide, car je cherche toujours, moi aussi, à trouver ma valeur profonde à travers les cours que je donne et à travers l’art que je pratique et que j’aide à pratiquer. »

 

Yolande, la doyenne du groupe, nous rappelle alors que, pour elle, justement, l’art l’a sauvée. À l’adolescence, mal en point face à un amour déçu, elle a trainé au fond de son cœur une grande tristesse durant quelques années. C’est sa fille Marie-France, déjà très sensible aux autres qui l’a poussée à s’exprimer à travers des cours de peinture. Instinctivement, toute petite, Marie-France est devenue un pilier pour sa mère. Les deux ont compris, par la pratique de l’art, que la peinture et l’expression de soi pouvaient devenir un exutoire, une façon de s’exprimer, une façon de se comprendre et surtout, une façon d’entrer en relation avec soi-même profondément.

Marie-France, 7 ans

L’HÉRITAGE

Marie-Michelle nous révèle maintenant que sa fille Madison, attirée par l’art elle aussi, ne voit pas cela de la même manière. Belle leçon de vie; la transmission doit se faire, nous rappelle Marie-Michelle, dans un encadrement empreint d’écoute, de respect et de liberté. L’art peut être au service de chacun de nous.

 

« Ma fille et moi n’exprimons pas l’art de la même manière. Alors que je suis très instinctive, Madison a un côté très cadré, très structuré, elle aime que les choses soient à leur place… mais finalement, j’ai compris que l’approche est la même; elle a besoin d’apprendre à se connaître, à prendre sa place, à s’approprier un espace de liberté. Nos trois générations qui la guident lui assurent cet encadrement ouvert à ses besoins pour qu’elle se sente bien. »
 

Oeuvre de Madison

Tout cela part donc de l’héritage laissée par Yolande car, très jeune, elle ne se sentait pas bonne en dessin et sa mère Jeannette lui a dit : 

 

« Ferme tes yeux, fais seulement un trait sur ta toile et pars de ça! »

 

« Je fais encore aujourd’hui ce que mon arrière-grand-mère a partagé à ma grand-mère, continue Marie-Michelle… ça m’aide à me laisser aller et je transmets maintenant ces secrets à Madison. Ferme tes yeux et laisse-toi guider par ce que tu es… »
 

Oeuvre de Yolande

L’AMOUR DE L’AUTRE

L’art est précieux dans la famille mais ce qui les unit encore plus fondamentalement, nous disent-elles:

« C’est l’amour l’une de l’autre dans la famille qui nous rend spéciales, nous raconte Yolande. Ma fille Marie-France voulait absolument que je suive des cours de peinture pour m’aider à retrouver une certaine paix dans mon cœur. »

 

Marie-France a toujours voulu pousser sa mère plus loin, l’aider à se dépasser, à aller mieux. Marie-France, très jeune, a découvert en elle une fibre artistique et a tout de suite voulu partager ces talents pour aider les autres. 

 

Yolande a ensuite gagné en confiance et l’art s’est imposé au centre de sa vie. Elle s’est ainsi réalisée et a créé Rose-Arts, le Symposium de peinture de Ste-Rose, le calendrier artistique de Ste-Rose et tand d'autres événements! Elle a donné des cours de peinture et a transmis sa passion à ses enfants.

 

De Marie-France à Yolande, puis de Yolande à son entourage, puis vers Marie-Michelle et vers Madison et vers tant d’enfants et d’adultes… l’art au service de chacun dans le but d’aider les artistes en herbe à se découvrir et à s’exprimer.

 

L’art comme liant, l’art comme espace de construction de quelque chose qu’on pourrait appeler le bonheur… à partager avec les autres.

 

Quelle inspiration de rencontrer cette famille. Merci Yolande, Marie-France, Marie-Michelle et Madison. À nos pinceaux, prêts…, fermons les yeux et traçons un trait…. En quête de liberté!!!

 

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